A Jingdezhen, la porcelaine dialogue avec le monde et la technologie de demain (REPORTAGE)

Publié le: 29-06-2026 Source:  French.news.cn
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Un artisan fait la démonstration de fabrication d'une porcelaine artisanale dans le quartier historique et culturel de Taoyangli, à Jingdezhen, dans la province du Jiangxi, dans l'est de la Chine, le 29 octobre 2024. (Xinhua)

NANCHANG, 26 juin (Xinhua) -- Les sites du patrimoine de l'industrie de la porcelaine artisanale de Jingdezhen, répartis sur près de 2.000 hectares autour de cette cité mythique de l'est de la Chine, ont été proposés à l'UNESCO pour une inscription sur la Liste du patrimoine mondial 2026. Des collines verdoyantes aux ateliers urbains, une promenade dans ces lieux révèle aussi bien le passé glorieux de la capitale mondiale de la porcelaine que sa vitalité contemporaine.

Dans le centre historique de la cité, les fours ancestraux et les musées racontent l'histoire de Jingdezhen, où la porcelaine est produite depuis près de deux millénaires et qui a détenu des siècles durant le monopole de la fabrication des porcelaines de la Cour impériale.

Près du Musée des fours impériaux, une restitution en 3D du célèbre plafond de la salle de porcelaine du palais de Santos, à Lisbonne, resplendit de mille feux avec ses couleurs vibrantes dans un espace d'exposition. Près de trois cents plaques et assiettes, de formes et de dimensions variées, transforment le plafond pyramidal en un kaléidoscope floral. Ces pièces, pour la plupart issues des fours de Jingdezhen, ornent le plafond du palais portugais depuis le 16e siècle.

Une projection numérique du dôme de porcelaine du Palais de Santos installé à Jingdezhen, le 18 mai 2022. (Xinhua/Yu Gang)

Selon Weng Yanjun, directeur du Musée des fours impériaux, un plafond entièrement recouvert de porcelaine, comme on le voit au palais de Santos, témoigne de l'admiration extraordinaire que les Européens portaient à cette invention chinoise qu'ils ne parvinrent à imiter qu'à partir du 18e siècle. La mode européenne de l'époque, très imprégnée du style rococo, incitait les rois et les nobles à aménager des salles d'exposition dédiées à la porcelaine, où de nombreuses pièces étaient disposées dans des vitrines ou accrochées aux murs.

En effet, les Portugais sont arrivés en Chine au 16e siècle et plus de 300 millions de pièces de porcelaine chinoise ont été importées en Europe au cours des trois siècles qui ont suivi, la plupart provenant de Jingdezhen, comme l'écrit l'historien américain Robert Finlay dans son ouvrage "L'Art pèlerin : les cultures de la porcelaine dans l'histoire mondiale".

Ce commerce a favorisé les échanges en matière de goûts et de styles, enrichissant considérablement les créations. Au Musée de la porcelaine d'exportation de Jingdezhen, plus de 3.000 pièces exposées en témoignent.

Une œuvre multicolore, semblable à un vase mais surmontée d'une horloge encastrée sur le devant, est choisie au hasard par Li Jing, directrice du Musée, pour illustrer ces échanges. "Ce vase a été transformé en horloge par des ouvriers français, dans le style rococo", explique-t-elle. "Le socle et le fleuron ne servent pas seulement de support, ils rehaussent également son décor".

Il s'agit d'un exemple de "Guangcai", ou porcelaine peinte à Guangzhou, un style qui remonte au début de la dynastie Qing (1644-1911). Guangzhou était alors un port d'exportation de porcelaine, où les marchands s'approvisionnaient en porcelaine blanche de Jingdezhen et les peintres locaux y ajoutaient des motifs personnalisés selon les demandes des clients. Tout en conservant la tradition de la peinture sur porcelaine chinoise, ces pièces destinées à l'exportation ont progressivement intégré des influences esthétiques venues du Japon, du monde islamique, ainsi que d'Europe et d'Amérique.

S'arrêtant devant un service de vaisselle aux formes occidentales mais orné de motifs chinois, tels que le coq, symbole de bonheur, et le chou, signifiant la fortune, la directrice poursuit son récit sur ces échanges commerciaux et culturels à l'échelle mondiale. La porcelaine, conclut-elle, "n'appartient pas seulement à Jingdezhen, ni uniquement à la Chine, mais au monde entier".

Si son lien avec le monde était auparavant fondé sur l'exportation de ses produits, Jingdezhen, berceau de la culture et de la technologie céramiques, attire aujourd'hui également des artistes du monde entier qui viennent s'y installer pour travailler à leurs propres projets.

C'est le cas de la Française Anne Loquineau, qui est revenue s'établir quelques mois après un premier séjour effectué en 2025. Tombée sous le charme de l'esthétique de la céramique chinoise ancienne, elle en utilise les éléments, comme le dragon ou le rouge, dans ses propres créations. "Regardez ce sac rouge en céramique, j'utilise un émail typique de Jingdezhen, difficile à trouver en France", explique l'artiste, tout en s'appliquant à émailler des pièces dans un atelier à Sanbao, un village niché dans les collines de Jingdezhen.

Une artiste étrangère regarde des œuvres en céramique lors d'un festival de la céramique organisé en marge du Salon international de la céramique de Jingdezhen 2025, dans la province du Jiangxi, dans l'est de la Chine, le 17 octobre 2025. (Xinhua/Zhou Mi)     

A l'opposé du calme rural de Sanbao, le quartier créatif de Taoxichuan, édifié sur le site des anciennes usines publiques de poterie, attire par son rôle d'incubateur de start-ups artistiques et sa vocation de vitrine des esthétiques émergentes. Impression 3D, usines connectées, expositions virtuelles (...) Ici, on est passés de la simple fabrication à ce qu'on appelle la "fabrication intelligente", où tradition et modernité se mélangent.

"Ce lieu regorge de techniques avancées de fabrication de céramique et de concepts créatifs proposés par de jeunes artistes, qui ne cessent d'être une source d'inspiration", confie Barbera Elisabeth Haenen, une artiste néerlandaise âgée de 78 ans. Elle se rend à Jingdezhen plusieurs fois par an, y séjourne parfois plusieurs mois, et, parallèlement à son atelier d'Amsterdam, y a également ouvert un atelier dans un centre d'art.

Selon les données officielles, à son apogée, cette ville située à quatre heures de TGV de Shanghai et comptant 1,6 million d'habitants, un chiffre modeste à l'échelle chinoise, abritait plus de 5.000 céramistes, designers et artisans venus du monde entier. Pour ces étrangers, véritables "oiseaux migrateurs", Jingdezhen est à la fois un musée vivant de la céramique à ciel ouvert et une nouvelle scène incontournable pour un art céramique branché et créatif.

Dans son dialogue avec le monde et la technologie de demain, Jingdezhen aspire à aller toujours plus loin. Une "banque génétique" de la céramique ancienne est en cours de constitution autour d'un corpus de spécimens les plus représentatifs de Jingdezhen, et sur la base de près de 20 millions de fragments exhumés sur les sites des anciens fours impériaux.

Une personne présente des échantillons de céramiques de la dynastie Ming (1368-1644) à l'Institut des fours impériaux de Jingdezhen, dans la province du Jiangxi, à l'est de la Chine, le 8 juin 2022. (Xinhua/Wang Kaifeng)

Chaque spécimen dispose d'un échantillon physique, reconstitué à partir des fragments correspondants, et d'un modèle 3D numérique, élaboré à partir des données collectées sur ces fragments - motifs de surface, formes originelles, composition de l'argile, matériaux broyés, et jusqu'aux températures de cuisson. Selon Weng Yanjun, qui a initié ce projet en 2022, environ 10.000 spécimens des fours impériaux de la dynastie Ming (1368-1644) ont déjà été catalogués et les chercheurs prévoient d'achever le profilage génétique de tous les spécimens dans les années à venir.

Cette immense base de données a retenu l'attention du grand public en avril 2025, lorsqu'elle a contribué à élucider le mystère entourant la datation d'une pièce appartenant à un collectionneur néerlandais de céramiques anciennes. Le collectionneur pensait que sa pièce datait du début au milieu de la dynastie Ming. Une comparaison avec des spécimens de la banque génétique de Jingdezhen a conclu qu'il s'agissait finalement d'une pièce de la fin de la dynastie Qing, ayant emprunté des techniques à plusieurs époques.

Avec de telles initiatives, Jingdezhen vise bien au-delà de l'authentification de ses productions, si largement diffusées par le commerce historique. Elle a lancé en 2023 la Société des études céramiques internationales en coopération avec 89 institutions de 22 pays et régions. Le partage entre les chercheurs chinois et leurs confrères à l'étranger contribue à la construction d'"une plateforme internationale pour les échanges culturels", indique M. Weng.

Le feu des fours brûle depuis plus de deux mille ans, et sa flamme est toujours aussi vive. Le comité de l'UNESCO fera connaître sa décision au mois de juillet. Patrimoine mondial ou non, la capitale mondiale de la porcelaine a déjà pris son élan : elle écrit aujourd'hui un nouveau chapitre de son histoire, un chapitre résolument plus technologique, plus moderne et plus jeune.

Rédigé par: Wang Siyang